Le Lunévillois et le Léomont

La Grande guerre a fait son entrée à Lunéville, avec le premier bombardement, le 3 août 1914, moins d’une heure avant la déclaration de guerre officielle de l’Allemagne à la France. 
A compter de ce jour, le Lunévillois connaît les tourments de la guerre, en raison de son contact immédiat avec la frontière de l’époque. Les premiers Allemands sont remarqués à Arracourt et Rémeréville ce même 3 août 1914.

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crédit photo : Centre Image Lorraine www.imagesde1418.eu

La réalité des opérations surgit les 14 et 15 août 1914, avec les attaques françaises en direction de Château-Salins et Blâmont. La frontière est franchie mais la défaite de Morhange entraîne le repli français. A partir du 20 août, Arracourt et les villages environnants sont sous la menace allemande : Deuxville est occupé, le lendemain Serres, Bures, Barthelémont, etc. Le 22, des combats ont lieu à Crévic, Hénaménil et les Allemands progressent sur Rémeréville, Einville, Maixe, accompagnés parfois d’exactions matérielles, comme à Crévic qui brûle en partie, notamment la demeure de Lyautey. Lunéville est aussi occupée mais les lignes ne sont pas du tout stabilisées.Les Allemands appuient leur effort en direction de la trouée de Charmes, à compter du 24 août, pour contourner les ceintures fortifiées de Toul et Épinal.

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Demeure Lyautey à Crévic - crédit photo : Centre Image Lorraine www.imagesde1418.eu

La violence de l'invasion

C’est dans ce contexte que Gerbéviller connaît la violence de l’invasion : les maisons sont incendiées et plus de soixante personnes sont exécutées et en partie ensevelies au cimetière de la Presle. 
Le 25 août, de furieux combats dans la vallée de la Mortagne, sur le secteur Blainville-Rozelieures, mais aussi plus au nord à Crévic-Vitrimont-Anthelupt : c’est le verrouillage du passage au sud de Nancy qui est en jeu. 

C’est alors que se déroule une lutte acharnée pour la maîtrise du Léomont (377 m d’altitude), point de vue exceptionnel dans la région. Le 27, le fort de Manonviller capitule. Le combat pour les hauteurs du Lunévillois fait rage, comme à Crévic à la fin août et sur Friscati. Nous sommes aux prémisses de la bataille du Grand Couronné. 

Le 3 septembre, les Français tiennent une ligne Gerbéviller-Mont-sur-Meurthe, en passant par la ferme du Léomont, Deuxville et Maixe. L’un des verrous français est constitué par le Rembêtant, où l’installation de l’artillerie française, permet de commander le plateau et les vallées du Sanon et de la Meurthe. La poussée française permet de dégager Lunéville le 12 septembre et les positions se stabilisent dans le Lunévillois, sur une ligne Parroy-Vého-Ancerviller.

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La ferme de Léomont - crédit photo : OT du Lunévillois

Une guerre de mouvement

En fait, ces combats de la guerre de mouvement se déroulent pour la plupart dans un espace modelé en collines moins marquées qu’au nord du Grand Couronné mais qui sont devenues un enjeu local de lutte : de Courbesseaux on a vu sur le Rembêtant, à plusieurs kilomètres.
Bien entendu, c’est le Léomont qui focalise l’attention, où se sont illustrés les hommes du 26ème RI, composé de Lorrains de la 11ème Division « de fer ». Dans une ambiance dantesque, en raison des incendies des villages proches, le sommet change huit fois de mains dans la nuit du 25 au 26 août, au prix de pertes extrêmement lourdes -plus de 3700 Français- en raison du corps à corps dans les ruines de la ferme, de l’usage d’une artillerie tirant directement sur les vagues d’assaut. Ces combats sont inscrits dans les ruines de la Ferme qui a été classée au Monuments historiques en 1922, année au cours de laquelle est aussi inauguré le monument en présence de Foch.

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Homme du 26ème RI - crédit photo : Centre Image Lorraine www.imagesde1418.eu

Guerre de position à Leintrey

Avec la fin de la bataille du Grand Couronné débute une guerre de position dont le secteur de Leintrey constitue une bonne illustration. Si les opérations de 1915 ne laissent pas de traces remarquables, celles de l’année 1916 marquent les esprits en raison de la reprise de combats en juillet. 
Pour des raisons difficiles à déterminer en dehors d’un gain tactique très local, les Allemands pratiquent une longue sape à partie du village de Leintrey, haute en moyenne de 1,5 mètres et large de 0, 80 mètre. 
Dans la nuit du 10 au 11 juillet 1916, à 1h30, les Allemands font sauter 5 fourneaux de mines de 5-6 tonnes chacune, provoquant la création de 4 entonnoirs profonds de 15 à 20 m et d’un diamètre de 40 à 50 m. 
La première ligne française a disparu sur une centaine de mètres, avec 73 hommes volatilisés, mais le lieutenant Chopin parvient à empêcher les Allemands de profiter des mines : les Français se positionnent sur les lèvres des entonnoirs.

Présence américaine

Dernier élément marquant dans le secteur, la présence américaine après le 20 octobre 1917 (à Valhey, Einville, Serres et Maixe) dans un secteur calme afin d’achever la formation de la Ière Division. 

Pour ce faire, une présence en première ligne s’impose et quatre bataillons occupent les tranchées françaises entre Parroy et Arracourt.
Dans la nuit de 2 au 3 novembre 1917, les troupes bavaroises lancent une attaque localisée précédée d’un violent bombardement juste au nord de la forêt de Parroy. Il s’agit du premier contact entre les troupes allemandes et américaines, lesquelles perdent leurs trois premiers morts et prisonniers. Le Général Pershing se recueille sur les tombes des premiers morts américains à Bathelémont. 
Le 3 novembre 1918, un monument est inauguré. Il est dynamité par les Allemands en 1940. Une nouvelle stèle le remplace depuis 1955.

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Monument américain à Bathélemont - crédit photo : Centre Image Lorraine www.imagesde1418.eu

La mémoire de la violence

Au regard des événements de la fin de l’année 1914, la mémoire de la violence des combats s’incarne dans la pierre, dans ses monuments, ses églises et leurs vitraux.

Destructions et exactions s’inscrivent dans la mémoire longue, à l’exemple des événements de Gerbéviller qui devient l’un des sites visités, notamment à la suite de la visite de Maurice Barrès en octobre 1914 où il assiste à une messe pour les morts. Le sort de Gerbéviller fait ainsi écho à celui d’autres lieux martyrs du département et au-delà.
C’est la mémoire d’une lutte acharnée, intense et très brève qu’illustre le Léomont.
La mémoire de l’exceptionnel s’impose quant à elle dans le temps avec les explosions des mines de Leintrey. En effet, l’attaque du 11 juillet 1916 constitue le début et la fin de la guerre de mines dans le secteur.
Efforts vains et attaque inutile qui illustrent parfaitement des actions que l’on retrouve sur l’ensemble du front. D’ailleurs, la présence d’une nécropole en est l’incarnation.
Enfin, c’est la mémoire de la solidarité du droit et de la démocratie qui est révélée par la présence américaine à Bathelémont. 

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Cimetière militaire dans la forêt de Parroy près des 5 tranchées - crédit photo : Centre Image Lorraine www.imagesde1418.eu

Marjolaine Thouvenot et Laurent Jalabert - Université de Lorraine

Aujourd'hui

Plusieurs sites témoignent encore aujourd'hui de la violence des combats. Vestiges, nécropoles, villages détruits...