Covid 19 : portraits d'une Meurthe-et-Moselle 100%solidaire

© CD 54 – G.BERGER

 

Depuis le 17 mars, les Meurthe-et-Mosellans ont su faire face à l’épidémie du Covid-19. En respectant les consignes, en inventant de nouvelles solidarités et, pour beaucoup d’entre eux, en s’engageant au service des plus fragiles. Portraits de Meurthe-et-Mosellans engagés :

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Cédric MARTIN
Ambulancier
Laxou

Au volant de son ambulance, Cédric Martin 40 ans, n’a pas chômé pendant les longues nuits du confinement. Cet habitant de Laxou, dans l’agglomération de Nancy, a vu exploser les demandes de transport en provenance du 15 et de SOS Médecins pour des patients présentant les symptômes du coronavirus. Sa tâche s’est avérée parfois moralement éprouvante. Il évoque ainsi, avec beaucoup de pudeur, la prise en charge de résidents en maisons de retraite : « Le plus difficile était d’informer les proches qu’ils ne pouvaient pas monter à bord de l’ambulance ».  

Enchainer les semaines de 50 heures n’était pas un défi de nature à effrayer à ce quarantenaire soucieux d’être utile à son prochain. En revanche, la pénurie d’équipements de protection compliquait lourdement sa mission.  A lui seul, ce salarié d’une société privée de huit personnes consommait une douzaine de combinaisons et de masques par nuit ! « En deux nuits, nous avons épuisé la totalité de nos stocks », résume-t-il. Le Samu 54 lui a heureusement permis de poursuivre son activité dans de bonnes conditions sanitaires en fournissant de nouveaux équipements à chaque voyage.
En première ligne, Cédric Martin n’a pas vu tout de suite son rythme de travail ralentir à l’approche du déconfinement. Il a dû en effet prendre en charge des personnes dont les pathologies, non liées au virus, avaient été aggravées par une trop longue attente due à la crainte de se rendre à l’hôpital.  

Et dès que son activité d’ambulancier a retrouvé un rythme plus normal, le professionnel est allé donner de son temps bénévolement. Il est chef d’équipe et formateur au sein de la Protection civile, une fédération nationale sollicitée par les pouvoirs publics pour faire face à l’urgence sanitaire. « J’ai tout fait ! », s’amuse Cédric Martin.  L’ambulancier cite pêlemêle les missions remplies par la cinquantaine de bénévoles mobilisés par l’antenne de Meurthe-et-Moselle : désinfection des institutions spécialisées, lien social auprès des personnes en maisons de retraite, logistique des centres de soins Covid à Nancy, distribution de masques pour le compte des municipalités, etc.
 


 

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Marjorie KOHN
Infirmière libérale
Maron

Ce n’est pas la crainte d’être contaminée qui a guidé cette infirmière libérale de 38 ans, mais la peur de transmettre le virus à ses proches. Le 17 mars, au lendemain de l’annonce du confinement, Marjorie Kohn a quitté le domicile familial à Maron, afin de protéger son conjoint et ses trois enfants âgés de 5, 8 et 10 ans. Cette professionnelle de santé savait qu’elle serait amenée à se rendre au chevet de patients atteints du coronavirus. L’infirmière n’ignorait rien non plus de la pénurie d’équipements de protection dans son secteur, celui de la médecine de ville, moins bien loti que les établissements hospitaliers, estime-t-elle. « Le regroupement de plusieurs cabinets libéraux sur la commune de Jarville où j’exerce, a permis de limiter les risques. Nous avons organisé une tournée commune spécialement dédiée aux patients atteints du Covid-19 », évoque Marjorie Kohn. Jusqu’à une vingtaine de visites pouvaient être assurées lors de cette tournée spécifique.


Depuis le meublé où elle a pris ses quartiers, l’infirmière libérale est aux premières loges pour observer la propagation de l’épidémie, tout comme l’élan de solidarité qu’elle a suscité. C’est ce dernier aspect de la crise sanitaire qu’elle veut retenir. Cela a commencé par son propriétaire qui lui a offert le loyer pendant toute la durée du confinement. Cela s’est poursuivi avec les restaurateurs qui ont donné leurs reliquats de solution hydroalcoolique. Un étudiant en DUT Génie mécanique et productique à Nancy-Brabois a utilisé une imprimante 3D afin de fabriquer des visières de sécurité pour l’équipe de huit infirmières libérales. Enfin, leurs tournées Covid ont été assurées au volant d’un utilitaire prêté par la ville de Jarville, une option « moins risquée que d’utiliser nos véhicules personnels et plus pratique en termes de désinfection et de chargement du matériel », juge Marjorie Kohn. Dans les logements collectifs, l’infirmière a joué son rôle de prévention, apposant à droite et à gauche des affiches rappelant les gestes barrières destinés à limiter la propagation du virus. 

De retour à la maison, deux mois plus tard, Marjorie Kohn tire son chapeau à son conjoint « qui a assuré comme un chef », mais ne cache pas son inquiétude. « En tant que soignants nous avons l’impression que les Français sont passés à autre chose, alors que l’épidémie n’est pas totalement jugulée ». Depuis la mi-juin, l’infirmière participe aux tests de dépistage, par le biais une cellule installée avec l’autorisation de l’Agence régional de santé (ARS), dans un cabinet infirmier du quartier de La Californie à Jarville. Une cinquantaine de tests y sont assurés gratuitement et sans rendez-vous, deux fois par semaine. 


 

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Noël RICCI
Second de cuisine
Vandœuvre-lès-Nancy

Les collégiens des établissements classés en zone REP et REP+ (réseau éducation prioritaire) peuvent lui être reconnaissants. Pendant toute la durée du confinement, ce cuisinier et son équipe ont préparé jusqu’à 420 repas par jour à leur attention, mais aussi à celle de leurs frères et sœurs. Des déjeunés conditionnés en barquettes livrés à domicile.

« Dans certaines familles en grande précarité, c’était probablement l’unique repas de la journée » commente sobrement Noël Ricci. Ses vingt années de scoutisme l’ont sensibilisé à cette initiative solidaire lancée par son employeur, le conseil départemental de Meurthe-et-Moselle. Il s’agissait de soutenir les foyers qui paient habituellement le prix le plus faible dans les cantines. 

A la fermeture des établissements scolaires, pour cause d’épidémie de Covid-19, le second de cuisine du collège Georges Chepfer à Villers-lès-Nancy s’est porté volontaire. Il a rapidement retrouvé la cantine de son établissement aux côtés du chef cuisinier du collège Saint-Exupéry à Saint-Nicolas de Port et de trois autres professionnels venus en renfort. Noël Ricci a dû redoubler d’attention. Il cumulait les facteurs de risque, son épouse exerçant le métier d’aide-soignante et son fils étant infirmier dans un service de réanimation à Nancy. « Mais ce n’est pas dans mon tempérament de rester calfeutré à la maison. Au moins je pensais à autre chose », remarque-t-il.

En cuisine, la situation n’a pas été des plus simples. Fournisseurs injoignables, commandes passées en ligne restées lettre morte, etc. Heureusement, Noël Ricci a eu la chance de pouvoir compter sur une entreprise locale de Vandœuvre-lès-Nancy pour ses approvisionnements en matières premières.

L’organisation des tournées de livraison n’a pas davantage été une sinécure. L’équipe du collège Chepfer devait assurer le chargement quotidien d’une quinzaine de véhicules de 8H00 à 9H30 avant d’enchaîner sur la préparation des repas. Et le soir, le cuisinier actualisait son listing prévisionnel en fonction des éventuelles annulations de repas. Au total 13.000 déjeuners ont été préparés sur les deux mois de confinement. Le professionnel résume cette période intense en une phrase : « On en a bavé, on s’est fait des cheveux blancs, mais nous avons eu l’occasion faire des rencontres et de nouer de nouvelles amitiés. »
 


 

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Laure GELLY
Tucquegnieux
Conseillère en économie sociale et familiale

« Nous étions obnubilées par notre mission, venir en aide aux professionnels en détresse ». Laure Gelly, 33 ans raconte, non sans émotion, l’esprit qui a animé le réseau Couturières solidaires de Meurthe-et-Moselle lancé sur les réseaux sociaux au plus fort de la crise sanitaire. Cette habitante de Tucquegnieux avait été particulièrement émue par la situation des aides à domicile, dans l’impossibilité de protéger les personnes âgées, en raison de la pénurie de masques antiprojections.

Laure a mis le bras dans un vaste engrenage de solidarité en créant la déclinaison départementale de Couturières solidaires de France, un mouvement destiné à relier les petites mains entre-elles afin de lutter contre l’épidémie. 

En Meurthe-et-Moselle ses quelques 300 couturières ont fabriqué plus de 5500 masques antiprojections en tissu.  Les agents d’entreprises d’assainissement peuvent leur dire « merci », tout comme les soignants de la clinique Saint-André à Vandœuvre-lès-Nancy ou encore les aides à domicile des antennes du réseau ADMR de Briey, Lunéville ou encore Nancy. « Il fallait frapper fort pour obtenir du matériel et recruter de nouveaux bénévoles. Alors nous avons initié une campagne vidéo en ligne. Nous avons également dû organiser la distribution de masques sur tout le département via des boites-relais posées devant les habitations des couturières. Nous tenions parfois des visio-conférences jusqu’à deux heures du matin ! »

A la ville, Laure Gelly est conseillère en économie sociale et familiale auprès d’un bailleur social. Concrètement, elle est chargée d’accompagner des résidents en situation d’impayé locatif. « J’étais un peu sortie de la vie professionnelle, dans la mesure où je suis en congés parental depuis la naissance de mon second enfant. Mais mes réflexes sont rapidement revenus, notamment en termes de coordination d’équipe », se remémore-t-elle. 

Cette jeune maman n’a pas gagné un centime dans cette aventure, mais beaucoup de reconnaissance, d’affection et amitié. La poignée de bénévoles qui a animé le réseau s’est rencontrée pour la première fois début juin à Tucquegnieux. Venues de Custines, Saint-Nicolas-de-Port ou encore de Toul, elles ne se seraient sans doute jamais connues en temps normal. 

Couturières solidaires de Meurthe-et-Moselle pourrait connaitre un acte II et poursuivre son activité sous forme associative, dans le champ de la solidarité. Laure y réfléchit. En attendant, elle prépare sa reconversion professionnelle dans une micro-entreprise d’articles textiles pour jeunes enfants. 


 

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Caroline GENEST
Saint-Max
Infirmière-anesthésiste

Caroline Genest gardera longtemps en mémoire le regard bleu intense d’un patient d’une soixantaine d’années au moment où il a pu à nouveau respirer naturellement. « Ses yeux exprimaient un mélange de joie et de crainte après plusieurs semaines à lutter contre le coronavirus » se souvient-elle. Au plus fort de la pandémie, cette infirmière-anesthésiste domiciliée à Saint-Max n’a pas hésité à décrocher son téléphone pour proposer son aide aux équipes du CHRU de Nancy. Dès le lendemain de son appel, elle était plongée dans le bain du service de réanimation sur le site hospitalier de Nancy-Brabois.

Cette professionnelle de santé avait du temps à offrir. En effet, à l’annonce du confinement, Caroline Genest s’était retrouvée au chômage partiel avec cinq de ses collègues salariées d’une société de médecins anesthésistes-réanimateurs. Il n’était cependant pas question pour elles de rester les bras croisés face à la propagation du virus. « Les infirmières du CHRU nous ont extrêmement bien accueillies, notamment parce que nous apportions des compétences médicales en réanimation et en soins intensifs », expose-t-elle. Pose des sondes d’intubation, administration de produits anesthésiants, etc. Leur habitude de suivre des patients sous ventilation mécanique, a constitué un précieux atout dans cette situation de crise.  

D’un naturel optimiste, l’infirmière-anesthésiste conserve de cette période le souvenir de l’entraide entre soignants, mais aussi les efforts réalisés par les patients atteint du Covid 19. « Beaucoup s’en sont sortis alors que leur pronostic vital apparaissait très compromis quelques semaines auparavant ». Elle évoque leur hospitalisation particulièrement éprouvante : « La sonde d’intubation les empêchait de communiquer, tout comme la fonte musculaire due à une immobilité prolongée. Ils ne pouvaient parfois plus tenir un stylo ! » Dans les cas les plus extrêmes une circulation extra-corporelle avait été mise en place afin d’oxygéner le sang.

Pendant tout le mois d’avril, cette maman de deux enfants n’a pas ménagé sa peine. L’organisation familiale a dû suivre, une gageure dans la mesure où son conjoint, médecin, est allé épauler les centres de soins Covid mis en place à Nancy. Pour rassurer les personnels de la permanence scolaire qui a accueilli ses enfants, cette professionnelle dévouée prenait une douche au CHRU et une seconde en rentrant à son domicile.

Caroline Genest conclut en avouant sa gêne vis-à-vis des applaudissement organisés tous les soirs pour saluer le travail des soignants. « Il aurait fallu applaudir l’ensemble des professionnels mobilisés au plus fort de la crise sanitaire ».


 

- Publié le 17/07/2020 -