Julien Falentin, toujours debout

Julien Falentin

© CD 54 – G.BERGER

Julien Falentin surprend. Voilà un jeune homme qui donne tout sens au mot résilience. Il fallait le voir, il y a quelques semaines au conseil départemental, parler les yeux dans les yeux avec François Hollande. L’ancien Président de la République était venu rencontrer des jeunes engagés dans des projets et Julien, fier de son handicap, avait réussi son coup. Assis dans un fauteuil, il avait terminé son propos en se levant et en calmant un sonore « Toujours debout ! » qui en avait saisi plus d’un.

Son combat, aujourd’hui, c’est l’insertion professionnelle des travailleurs handicapés. Avec l’appui des équipes du Département, d’abord en service civique, il est ensuite passé en mode projet pour créer l’association « Handi’Intérim » avec cinq autres personnes. Un projet utile, comme il le confie simplement, qui va au-delà de permettre de trouver un emploi. Rompre l’isolement, mieux appréhender l’insertion des personnes handicapées dans le monde professionnel, sécuriser les parcours, aider à reprendre confiance en soi : les objectifs ne manquent pas.

Julien Falentin est le parfait exemple de ces experts du quotidien qui transforment les obstacles en forces. Ce jeune nancéien de 32 ans, marié, papa d’une petite fille, cache sous une apparence fragile une détermination qui n’a pas dévié depuis le 1er mai 2002. Ce jour-là, un AVC bouleverse sa vie. Il dit simplement : « J’ai un handicap moteur et des séquelles neurologiques. Mais je peux encore faire beaucoup de choses ! ». S’il retrouve la marche, comme il dit, il la perd en 2006. « J’ai toujours voulu me battre. Je voulais vivre en fait », confie-t-il de sa petite voix qui pose avec une étonnante légèreté des mots de plomb.

J’avais vu la lumière

« Après l’accident, tu perds tous tes repères. Tu n’es plus au collège, tu vas dans un centre de rééducation, tu ne vois plus tes amis, tes frères (il a un frère jumeau, NDLR). Tu ne peux plus revenir dans la vie d’avant. Alors tu te forges un mental. J’ai toujours voulu aller plus loin », poursuit-il. Il reprend donc sa scolarité, à l’OHS de Flavigny (office d’hygiène social). Il obtient son brevet, refait une troisième, puis obtient le Baccalauréat, se lance dans la chimie, obtient un DUT.

« Je me serais bien vu travailler dans un laboratoire, mais cela posait des problèmes d’accessibilité. J’ai senti des réticences autour de moi au moment de passer la licence. Ça me plaisait bien, pourtant. J’avais vu la lumière, je faisais des découvertes, je pensais avoir trouvé ma voie dans ce domaine. Mais ça ne s’est passé pas comme ça. »

Alors il remet l’ouvrage sur le métier, reprend une formation, en comptabilité cette fois. Puis cherche, et cherche encore, et cherche en vain un emploi. « Je cherchais un contrat en alternance pour passer un BTS. Je n’ai eu que des refus.» Il finit par dénicher un service civique au sein d’une association. Nous sommes en 2016. Il peut enfin « grandir dignement ». Ces expériences forgent un mental malgré les déceptions. Surmontées, les unes après les autres. « Je n’ai jamais baissé les bras et je ne suis pas du genre à me plaindre. Peu à peu, mon projet a mûri.»

Nous avons quelque chose en plus

Ce projet, c’est un mariage en 2012, la naissance de sa fille, et côté professionnel, la création de l’association. « J’étais en fin de mission et j’ai pu échanger avec des gens. On a mis les cartes sur la table. On est parti sur l’intérim car cela permet aussi de sensibiliser les entreprises, de lever des freins culturels, tout en permettant aux personnes handicapées de se former, de s’adapter aux évolutions.»

Son association est officiellement née en décembre 2018. Il obtient dans la foulée un Prix de l’encouragement décerné par le Département dans le cadre de sa politique d’économie sociale et solidaire. « Pour l’instant, ça démarre. Il y a de la demande d’entreprises, mais il n’existait pas d’agence d’intérim pour profiter du vivier des travailleurs handicapés. Je connais beaucoup de gens qui ont vécu comme moi. C’est dur à vivre, le chômage. Le handicap est un frein. Mais on a le droit à un emploi, et ce n’est pas qu’une question d’argent. C’est vivre en société, voir d’autres gens. Je considère que nous n’avons pas quelque chose en moins mais au contraire quelque chose en plus, des compétences, un sens de la détermination. Il ne faut jamais baisser les bras.» La preuve par le sport : avant son accident, Julien était sportif. Il n’a pas lâché. Et avec son frère, il fait du triathlon. Nage beaucoup. Devient même vice-champion de France de natation handisport. Toujours debout.

- Publié le 5/08/2019 -