Portrait : Claudie Trzeciak, Homme debout, citoyen engagé

Meurthe-et-Moselle

© CD 54 - G. BERGER

Parler avec Claudie Trzeciak est un voyage. Une histoire dans l’Histoire. Ou plutôt, des histoires, tant ce Jovicien a arpenté tout au long de son existence des chemins qui racontent le Pays-Haut. Des deux côtés de la « frontière », au rythme des fermetures d’usines, en fait. La vie professionnelle de Claudie le tourneur se déroule en effet entre Moselle et Meurthe-et-Moselle. « Je crois qu’une à une, les usines sidérurgiques, je les ai toutes fermées », résume-t-il, un léger frémissement dans la voix. Rien ne fut facile, évidemment, et s’il préfère évoquer les copains, la solidarité, les combats, c’est plutôt pour masquer avec pudeur l’émotion de ces temps de vie et une sensibilité qui n’aura de cesse de s’exprimer et qui s’exprime encore.

D’ailleurs, commençons par maintenant. Claudie Trzeciak est le président de l’association qu’il a créée à Joeuf avec des camarades qui avaient envie de s'engager : Marche et rêve. Une aventure en deux temps. Qui évoque une « vie domino », chaque expérience semblant conduire à la suivante.

Nous sommes en 1995. Son syndicat de toutes les luttes, dans lequel il est très investi, la CGT, fête son centenaire. Ce sera l’occasion de projeter pour la première fois un film de Paul Carpita, un instituteur passionné de cinéma. Un film interdit pendant plus de 35 ans « parce qu’on y voyait des cercueils revenus d’Indochine ». La rencontre fera son effet « mais à l’époque, on en reste là, nous avions d’autres choses à faire ». C’est en 2002 que naît vraiment l’association.

« On avait envie de faire quelque chose, de poursuivre ce que nous avions amorcé. On s’est réuni autour d’une table et on a lancé l’association. Le nom, c’est le titre du film de Paul CARPITA ».

L’objectif de l’association est simple : organiser un événement culturel « pour rapprocher les gens, pour qu’ils sortent un peu de chez eux, se rencontrent, échangent autour de films, du théâtre, de la musique ». Le sous-titre du festival a son importance, c’est « rencontres sociales ». Le choix de la date est calé très vite. Ce sera le 8 mars. La journée internationale des droits des femmes. « On propose des films et des spectacles qui sont engagés mais qui ne stigmatisent pas. On réfléchit, on parle. Nous avons, chacun et collectivement, une responsabilité citoyenne ».

200 bénévoles se mobilisent chaque année. Moment fort et rare pour lui : la rencontre avec Albert Jacquard, le généticien. « Il est venu à notre festival. J’étais allé le chercher en voiture. Ce fut un moment extraordinaire, il parlait tellement simplement de choses compliquées ! Avec lui, on se sentait intelligent. Cette manière de se nourrir, de se battre sans stigmatiser, d’être curieux les sens en éveil, c’est sa manière à lui d’être un citoyen engagé. Parce que, dit-il, « être militant, c’est défendre une cause », c’est le symbole d’une vie tournée vers les autres sans jamais se perdre de vue. Aucun combat ne lui a été épargné. Jeune, moins jeune, plus âgé : il a toujours tenu, debout, parce que c’est un devoir autant qu’une nécessité. »

Revenons en arrière, du coup. Après des études normales, le jeune Claudie se lance dans l’apprentissage et se dirige vers le commerce. Le goût des autres déjà. Mais son service militaire changera la donne. Il y apprendra beaucoup. L’action, l’utilité. Au retour, c’est le temps des épousailles et des enfants, le temps de se poser et de choisir la vie à l’usine. « A l’époque,  l’embauche n’était pas un problème. Je me suis retrouvé à Rombas, comme tourneur. » Puis le militant se déploie.

Le voilà à la CGT. « Je voulais être au cœur des choses, proche des gens. C’est dingue tout ce qu’on a partagé, dans l’action, avec l’envie d’agir. Ma fierté, c’est que les gens ne pleuraient pas. Il y avait toujours de la dignité. Les usines fermaient, on se battait, on restait debout. C’était pas de l’utopie c’était se battre. La pire des choses, c’est de ne rien faire. »

Alors il fait. Pendant 20 ans, il sera aussi administrateur d’une mutuelle. Sa spécialité : la sécurité routière. Née à l’usine. « Lorsque je travaillais à Lorfonte, on a constaté qu’il y a avait beaucoup d’accidents de la route. Puis j’ai été muté à Mittal, et dans un des secteurs, un homme de 46 ans est victime d'un accident mortel. Un camarade CGT du secteur concerné m’a proposé que je vienne les aider. Ma conception, c’était d'arrêter les slogans, de d'abord comprendre et aller écouter les salariés. » Il anime stages, formations, dans la région puis un peu partout en France. « En fait, conclut-il, tout au long de ma vie, je me suis demandé où je serais le plus efficace. »

- Publié le 24/01/2018 -