Lors de la session publique du 2 avril 2025, une séquence exceptionnelle était consacrée à l’expérimentation du Revenu d’Émancipation Jeunes en Meurthe-et-Moselle. A cette occasion, les témoignages croisés de trois intervenants ont permis d'apporter des éclairages complémentaires sur la problématique de la pauvreté chez les jeunes.
Le Revenu d’Émancipation Jeunes trace son sillon
Dans toute la Meurthe-et-Moselle, une centaine de personnes en ont déjà bénéficié et la démarche concerne de plus en plus de jeunes, issus notamment du milieu rural.
Camille* habite dans un village. Le Revenu d’Émancipation Jeunes lui a permis d’entretenir une voiture et de se remettre à la recherche d’un emploi. Florian avait besoin de tenir quelques semaines avant de rejoindre une école au Luxembourg. Nabila va pouvoir reprendre des études et nourrir son bébé plus facilement pendant quelques mois. Ludovic attend que ses problèmes de santé soient reconnus comme un handicap par la MDPH. Il y a aussi Mathilde qui accompagne sa mère sans penser à elle. Pablo qui a eu un accident de la route qui a du mal à s’en remettre. Laëtitia qui était victime de violences dans sa famille. Tous ont des trésoreries du jour le jour et vivent comme ils peuvent. Les uns s’occupent de leurs parents. D’autres de leurs enfants. Ils sont souvent seuls à faire face. Le Revenu d’Émancipation Jeunes est là pour ces jeunes-là. « Il fallait agir, ne pas laisser la jeunesse sans espoir. Nous avons décidé d’expérimenter ce revenu car aucun autre dispositif ne vient et la réforme nationale espérée ne vient pas » a rappelé Lionel Adam, conseiller départemental. Conçu comme un tremplin, il a pour but d’accompagner les moins de 25 ans qui ne perçoivent aucun revenu, faute d’avoir un emploi ou une formation.
« Ce revenu permet aux jeunes d’être plus sereins. Pour les personnes qui ont un parcours de rue, ce revenu permet de lever des freins. C’est la preuve qu’un autre regard est possible sur les jeunes » commente une professionnelle d’une association. « Nous parlons de citoyens en devenir, que l’on ne juge pas : confiance, justice, investissement humain, exigence démocratique. On est loin d’un dispositif d’assistanat qui ancrerait les jeunes dans la pauvreté. Il s’agit d’agir en prévention pour éviter que les jeunes ne sombrent ».
Les jeunes, un investissement gagnant
Dans une allocution depuis Washington, Niels Planel, consultant international en innovation sociale et croissance inclusive soulignait que l'idée même d'un revenu universel a été évoquée maintes fois dans l’histoire, par des penseurs de tous bords politiques. Il rappelle qu'en France, dès la Révolution française, des intellectuels comme Condorcet ont posé les bases d’une réflexion sur les inégalités sociales, notamment celles liées à la naissance.
Plus proche de nous, il cite plusieurs exemples d'expérimentations réussies. Aux États-Unis, des universités et plusieurs États ont mis en place des dispositifs innovants pour soutenir les jeunes. Dans le Connecticut, un compte bancaire est ouvert pour chaque enfant issu d’un foyer modeste dès sa naissance. L'État y verse 3 600 dollars, générant des intérêts qu'ils peuvent retirer dès leurs 18 ans, à condition de démontrer une capacité à gérer un budget. A Lyon, un revenu de 420 euros pendant 4 ans a permis de soutenir les jeunes face à la précarité, sur la base de l’idée que ceux qui tombent dans la pauvreté mettent entre 4 et 6 ans à s’en remettre. Il y a 20 ans, le Royaume-Uni a testé un « capital de départ » sur 10 000 personnes : il en ressort que les bénéficiaires sont en meilleure santé, davantage susceptibles de s'engager politiquement, moins touchés par la dépression et le chômage, avec un taux de divorce plus faible.
Alors que l'OCDE estime que la majorité des pauvres ont moins de 30 ans, Niels Planel insiste sur l’urgence d’agir pour ne pas laisser de côté ceux qui n’ont pas eu les mêmes chances, qu'elles soient éducatives, sociales, ou financières. Selon lui, miser sur les jeunes « coûterait » 10 fois moins à la société. Il conclut en citant Alexis de Tocqueville : « L'égalité est moins élevée peut-être, mais elle est plus juste ».
Témoignage en Loire-Atlantique
Michel Ménard, président du Département de Loire-Atlantique, est venu à Nancy présenter le revenu jeunes que la collectivité a initié en juillet 2022. « Nous obtenons de bons résultats, a-t-il expliqué. Plus de 1 200 jeunes en bénéficient. En France, il n’existe pas de filet de sécurité pour les 16 – 25 ans, alors qu’il y a ensuite le RSA et un minimum vieillesse. Notre revenu a permis à des jeunes de reprendre des études, obtenir un emploi, une formation orientée vers un accompagnement adapté. Certains étaient inconnus des services, et cela a permis de les réorienter. En cas d’accident de parcours, un problème de santé, une rupture familiale, une attente de formation ou de régularisation. 60 % des jeunes d’ailleurs sortent du dispositif au bout de 4 mois ! ». Le pied à l’étrier, ou simplement en relai.
* Tous les prénoms ont été changés.